Frédéric Boyenga-Bofala

Actualité

Droit international et mémoire de l'histoire, les deux atouts de la nouvelle diplomatie de la paix en RDC et dans l'Afrique des Grands lacs


En République Démocratique du Congo, demain est désormais aujourd'hui, cet autre jour qu'ont encombré des dénis du droit et des falsifications de l'histoire tous ceux qui pensaient ce faisant avoir enfui l'encombrante vérité des conflits dans les replis d'un passé pensé révolu. Demain est aujourd'hui et l'œil dans la tombe les regarde fixement. Il y luit cette indomptable vérité qui garde dans son écrin la mémoire de l'histoire et le sens de la justice, les préservant de toute corruption pour ne laisser fleurir dans les âmes de ceux qui la servent que la liberté qu'elle révèle et flétrir la gloire éphémère de ceux qui s'en parent. Et c'est dans la force de cette liberté que, jamais fatigués, sans cesse inquiets pour le sort des congolais mais toujours sereins pour eux mêmes, les  «  artisans de la paix   » œuvrent patiemment, inspirés par leur grande créativité morale. Il travaillent pour impulser une réorientation progressive et irréversible de la politique internationale dans la région des Grands lacs et œuvrent au cœur d'un nouveau courant de la diplomatie internationale qui se veut discret mais efficace, dans le but d'instaurer un nouvel ordre politique et sécuritaire au Congo et dans la région des Grands lacs. Pour eux, l'application rigoureuse du droit international et la mémoire de l'histoire constituent les principaux atouts pour lutter contre toute volonté de partition du Congo. Au moment où s'ouvrent de grandes discussions régionales et internationales sur la situation sécuritaire en RDC, et où de sérieuses et légitimes interrogations ne manquent pas d'accompagner la conclusion du récent accord conclut entre le Rwanda et la RDC pour la mise en place d'une force neutre d'interposition frontalière, ils veillent et étendent leur influence en invitant la communauté dite internationale à  sortir du mauvais rêve de la guerre pour engager une série d'actions décisives qui permettront réellement de régler pacifiquement les conflits et d'instaurer entre les peuples de la Région des Grands lacs, une paix durable.

Les vérités bouleversantes que charrie l'abondante actualité relative à  la résurgence des conflits armés au Kivu et en Ituri ont définitivement ébranlé le consensus international dont jouissait tacitement la mise en œuvre du processus de balkanisation de la RDC.

Conseil de Sécurité de l'ONU

La supercherie électorale montée au profit de Joseph Kabila et l'embarras mal dissimulé de certaines puissances occidentales avaient déjà  altéré ce consensus mais, au-delà  de la méfiance, encore fallait-il des preuves matérielles tangibles, fiables et déterminantes. Les dizaines de pages accablantes exfiltrées de l'annexe du rapport que l'ONU tarde à  publier, les réactions vaseuses du président rwandais et les atermoiements funestes de Joseph Kabila s'en sont définitivement chargé.

A présent que sont exposés au grand jour les véritables ressorts des conflits et que sont mis à  nus la plupart de ses mécanismes opératifs internes, l'illusion n'opère plus, les doutes s'estompent et dans les chancelleries, les convictions se forgent. Le délitement de cette coalition de convenance a véritablement métamorphosé le regard qu'il est désormais permis de porter, sans craindre d'être cloué au pilori, sur les agissements de la coalition rwando-ougandaise en RDC et sur le jeu de scène cruel auquel ils s'adonnent. Il ouvre résolument des perspectives intéressantes pour le règlement des conflits et pour l'avenir des congolais. Pour les quelques intérêts qui avaient fait de l'improbable démembrement de la RDC l'axe sous-jacent de leur politique régionale et africaine, il s'agit assurément d'un coup dur.

Le temps d'une sérieuse remise en question s'impose désormais avec force au regard du seul intérêt général de l'Etat. Il est en effet préférable d'accompagner les changements politiques que le cycle de la vie impose tout naturellement et qui s'annoncent imminents en RDC, plutôt que de persister dans leur déni.

C'est ce qu'en homme politique responsable et sage, notre jeune frère Frédéric Boyenga Bofala a certainement eu à  cœur de faire comprendre en adressant à  la communauté internationale et au partenaires historiques du Congo, avec la maîtrise du droit international et de l'histoire contemporaine qui le singularise, une réflexion politique profonde et un poignant témoignage d'inquiétude sur l'avenir de la RDC ( «  La tentative de Balkanisation de la République démocratique du Congo, un révisionnisme dangereux pour l'Afrique du principe de l'utis possidetis juris   » http://mokengeli.com/information-politique/balkanisation-...).

Une touchante inquiétude dont on devinera volontiers, au gré de sa rhétorique, qu'elle n'a pas pour objectif d'implorer la pitié, mais de réveiller en chaque conscience ce bon sens moral dont semble avoir eu raison plus un demi siècle de prospérité économique.

Mais ce message dont nous saluons la diffusion doit nous interpeller. Dans quel contexte politique s'inscrit-il  ?

Depuis un certain temps, une nouvelle dynamique internationale se construit autour d'un projet novateur et visionnaire pour le règlement définitif des conflits en RDC et la restauration de la stabilité politique régionale.
Cette dynamique est apparemment portée par un courant fraternel, discret, efficace et remarquablement structuré qui s'affirme, conscient des calendriers cachés, des sensibilités divergentes et bien informé des forces et faiblesses de ses interlocuteurs.

Ce courant s'active avec méthode, et tel un rouleau compresseur, a posé lentement et lucidement les fondements d'une nouvelle architecture politique pour le Congo. En rappelant judicieusement, avec force d'exemples historiques, que l'expression des prétentions hégémoniques rwandaises sur le Congo participent des mêmes théories sur lesquelles était basée la conquête du Lebensraum de l'espace vital allemand, Boyenga Bofala, qui est la cheville ouvrière de ce courant, entend évidement souligner qu'elles sont intrinsèquement déstabilisatrices et qu'elles n'ont donc jamais été reçues en droit international comme mode d'acquisition d'un titre de souveraineté territoriale.

Mais également, avec beaucoup d'intelligence, il s'inscrit stratégiquement dans la perspective du prochain sommet de l'Union africaine, en recadrant de manière très opportune toute négociation sur le règlement des conflits en RDC, dans le seul contexte juridique qui sied aux intérêts fondamentaux du Congo et de la paix internationale dans la région des Grands lacs.

Il met sagement en garde tous les chefs d'États africains qui, ne maîtrisant pas toujours les subtilités du droit international public, pourraient ignorer que l'agression dont fait l'objet la RDC dans le cadre de la planification du processus de balkanisation de la RDC, si elle était acquiescée d'une manière ou d'une autre, constituerait pour les États africains un révisionnisme dangereux du principe de l'uti possidetis juris grâce auquel leur pays respectif ont accédé à  l'indépendance dans le cadre des frontières héritées des Empires coloniaux.

C'est au regard de cette pertinente intervention et du contexte politique international dans lequel elle prend place que doit se comprendre globalement l'action de ce nouveau courant diplomatique qui s'affirme depuis quelques années en occident et en Afrique. Il joue ainsi sa partie en toute lucidité maîtrisant parfaitement l'environnement international dans lequel il avance ses pions.

Ces acteurs ne cultivent pas le déni de la réalité. Pour eux, l'éclatement programmé du Congo n'est pas inéluctable. Ce scénario à  l'agonie doit selon eux plus aux lacunes du dispositif sécuritaire internationale, à  l'affaiblissement des connaissances juridiques sur lesquelles se fondent les rapports entre États et à  la complicité feutrée entre les autorités congolaises et rwandaises qu'à  la réelle capacité et efficacité de ses bénéficiaires.

C'est pourquoi, ils proposent une nouvelle stratégie de sortie de crise. Une stratégie qui impliquerait une redéfinition des engagements du Conseil de Sécurité en RDC et d'adapter notamment le mandat effectif de la MONUSCO, de le doter des moyens nécessaires au rétablissement et au maintien de la paix.

En d'autres termes, il s'agirait de parler de démilitarisation de l'Est de la RDC, de désarmement méthodique de tous les mouvements, bandes, forces et organisations armées opérant sur le territoire congolais, et de déploiement d'une task force internationale d'appui à  la MONUSCO dans le cadre d'une zone démilitarisée à  l'Est de la RDC.

Ce projet qui participent d'une vision d'avenir globale pour le Congo et dont les modalités de mise en œuvre sont déjà  en discussion dans certaines instances internationales, suscite quelques inquiétudes à  Kigali et à  Kinshasa.

Pour l'un de nos confrères de la BBC présent à  Addis Abeba, en marge du sommet interministériel qui s'y est tenu mercredi 11 juillet dernier dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) :  «  les autorités rwandaises craignent d'avoir à  s'engager dans un processus qui restreindrait considérablement leur emprise militaire et économique sur le Kivu. Mais d'un autre côté, il faut reconnaître que c'est la seule voie possible depuis les fuites du rapport à  venir des Nations unies. Il faut donc s'attendre à  ce qu'il fasse tout pour contrôler à  leur avantage ce processus quitte à  le dénaturer  ».
Même son de cloche dans la rédaction du Daily Nation à  Nairobi où l'on nous confirme que  «  la panique s'est emparée de Kinshasa à  l'idée de perdre un jour son meilleur allié rwandais. Derrière la diplomatie de façade, personne n'est dupe et sait bien que Kagame et Kabila sont utiles l'un à  l'autre  ».

Et Comme pour confirmer ces propos, notre confrère de Radio Nacional de Angola de nous expliquer que  «  le vrai problème du Congo est Joseph Kabila. Les congolais n'ont pas encore bien réalisé sa proximité avec le Rwanda. Pourtant le comportement des officiels congolais lors du dernier sommet interministériel de la Conférence des Grands lacs devrait les faire réagir. Leur pays est agressé et ils cèdent tout à  leurs agresseurs. Comment expliquer sinon qu'ils aient cédé si facilement aux exigences de Kigali pour la création d'un force d'intervention neutre aux frontières. C'est incompréhensible. A quoi sert alors la MONUSCO  ? C'est une vraie mascarade. En fait on se rend compte qu'il n'y a pas de dialogue possible et clair à  l'avantage du Congo car Joseph Kabila n'en veut pas. Il cède tout au Rwanda. Il n'est manifestement pas là  pour défendre les intérêts des Congolais mais ça, ce n'est pas aux autorités angolaises de le crier. C'est aux congolais eux mêmes de faire preuve de lucidité. Si Kabila était vraiment honnête, il livrerait Bosco Ntaganda à  la CPI. Mais le Rwanda n'en veut pas. Il ne le fait donc pas.Les congolais doivent réfléchir, beaucoup réfléchir    »

Cette nouvelle diplomatie de l'ombre qui émerge progressivement au grand jour n'ignore donc rien des dangers auxquels elle s'expose et de la crainte qu'elle suscite. Mais elle poursuit imperturbablement son objectif : faire rétablir et maintenir la paix en RDC et dans la région des Grands lacs pour amorcer le processus de reconstruction du pays, sans bousculer les acquis d'une décennie d'engagement international et les avancées politiques majeures, mais en corrigeant efficacement et durablement ce qui doit indiscutablement l'être.

Restaurer le calme et la tranquillité dans ce centre obscure de l'Afrique n'est plus  un rêve pour ces  «  artisans de la paix   » mais une résolution qu'ils embrassent quotidiennement avec assiduité, persévérance et détermination, sans esprit de revanche. Les obstacles qui jalonnent le dédale politique congolais sont nombreux et semblent parfois insurmontables pour les esprits néophytes.

Sans doute est-ce parce que le courage n'est pas un atout suffisant. Sans une intelligente stratégique pour l'orienter, nous ne le répéterons jamais assez, il n'est que l'expression d'une insouciance qui mène droit à  l'échec.

C'est pourquoi, dans ce cadre, nous mesurons mieux maintenant l'ampleur incommensurable de la tâche qu'a entreprise notre jeune frère congolais, Frédéric Boyenga Bofala, et nous comprenons mieux sa   prudence. Son parcours atypique révèle un homme déterminé, assumant depuis plusieurs années, sans ciller, loin du sérail politique congolais, ce qui s'apparente à  un véritable sacerdoce. L'homme est bel et bien un hérétique de la politique, un modèle inclassable.

Le creuset fécond d'un demi siècle d'histoire où se sont décantés les vils métaux au profit de la plus noble essence. Faire de la politique pour restaurer la paix en RDC semble en effet pour lui une quête d'absolu qui n'a d'égale que l'amour authentique et désintéressé qu'il porte pour son pays.

Avec Frédéric Boyenga Bofala, tout porte à  nous remémorer l'histoire et à  comprendre qu'embrasser la douloureuse destiné du Congo, c'est boire la coupe d'amertume qui lie l'homme disposé à  assumer le lourd héritage de l'indépendance du pays, au terrible fardeau de sa conduite. Avec dix ans d'avance sur tout le monde et une besace foisonnante de projets visionnaires d'une interpellante actualité, l'homme nous a fait comprendre à  travers son message que la terre du Congo-Zaïre a bien une âme et qu'elle ne s'en laisse compter ni par ses bourreaux, ni par la trahison des siens.

Les congolais doivent comprendre une fois pour toute que la force du bavardage ne peut rien sans l'esprit, mais que l'esprit unit avec la force organisée et légitime est toujours le vainqueur éternel du bavardage sans résultat. Voilà  précisément pourquoi les congolais ont tout intérêt à  se tourner vers des hommes politiques qui, inaptes au bavardage stérile, les éclairent et leur proposent de véritables solutions pour sortir de la crise. Il doivent cesser de suivre aveuglément ceux qui ne leur proposent en guise de solution que des slogans vides de sens, au contenu stérile et en définitive sans résultats si ce n'est de les avoir trahis.

Ils doivent au contraire et maintenant organiser leur force sur l'intelligence que leur a prodiguée la merveilleuse nature qui les entoure et dont ils sont tous garants de l'intégrité.

Ils doivent maintenant réfléchir pour s'élever en esprit et comprendre alors que la solution est entre leur mains et qu'ils ont par leur volonté affirmée la capacité de conjurer le mauvais sort.

Sans doute comprendront-t-ils alors pourquoi, finalement, notre rédaction ne s'était pas trompée sur Boyenga Bofala. Quel témoignage plus éloquent ce dernier pouvait-il offrir à  ses compatriotes que celui qu'il leur livre à  travers son message et au-delà , par son travail et la nature exemplaire de son engagement politique.

Il faut comprendre qu'un chef d'État qui prête serment sur la Constitution de garantir la sécurité et l'intégrité du territoire n'est en mesure d'honorer son mandat que s'il connaît au minimum les notions de base qui font de lui ce garant et s'il manifeste effectivement la volonté de les faire appliquer.

Nul autre aspirant à  la plus haute fonction de l'État n'en a fait la démonstration avec plus d'éclat que Boyenga Bofala.

Mais nous demanderons aussi à  ce dernier d'unir l'esprit à  la force sommeillante dans le cœur des congolais. Il doit unir l'esprit à  l'épée pour sauver leur patrie.

ALBAN KEFLER
LUKOJI ILUNGA