Frédéric Boyenga-Bofala

Actualité

Kinshasa, 17 juin 2016 : Message de Frédéric Boyenga Bofala sur la relance de l'initiative du dialogue pour sortir de l'impasse politique


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Mes chers compatriotes,

Jusqu’à ce jour, le dialogue politique tant attendu n’a pas eu lieu et le pays est toujours dans l’impasse. Pourquoi relancer l’initiative du dialogue politique du peuple congolais ? En effet, malgré les efforts de M. Edem Kodjo, facilitateur de l'Union africaine (UA) appuyée par les Nations unies, pour la mise en œuvre d'un dialogue véritablement crédible, constructif et inclusif, force est de constater que toutes les tentatives de facilitation du dialogue entreprises par la Communauté internationale, dans un premier temps par Monsieur l’Ambassadeur Saïd Djinnit et reprises de manière formelle et intensive par Monsieur Edem Kodjo, n’ont pas abouti. Il est donc impérieux que les Congolais reprennent l’initiative sur le dialogue. Les Congolais doivent parler aux Congolais. C’est la raison pour laquelle je relance l’initiative du dialogue et ce, dans un cadre strictement national. Ce sera là le teste de notre maturité politique et le monde extérieur appréciera. Nous avons l’obligation de réussir à remobiliser le pays autour de ce dialogue.

Quelles que soient nos rancunes, nous devons être maîtres de notre destin. Il faut relancer le dialogue et y aller. Les Congolais doivent parler aux Congolais. A l’heure actuelle, une inquiétude se développe au sein de la Nation congolaise quant à l’avenir du processus démocratique. Ce sentiment, qui se généralise, traduit une prise de conscience croissante des conséquences tragiques d’une conflagration qui résulterait des affrontements entre la majorité présidentielle et l’opposition. Les hommes politiques se doivent de donner une réponse positive aux attentes légitimes du peuple congolais. Si l’on veut sortir de l’impasse politique et faire bouger cette société bloquée qu’est devenue la République Démocratique du Congo, il faut absolument secouer le carcan que font peser sur elle les ambitions légitimes mais égoïstes.

A quelles conditions et au prix de quelles contraintes l’action collective nationale, c’est-à-dire l’action organisée des hommes politiques pour un dialogue national, est-elle possible pour sortir le pays de l’impasse ? La liberté des acteurs politiques pour accéder au pouvoir est un fait, l’intérêt supérieur de la Nation en est un autre. Comment ces deux réalités peuvent s’articuler pour définitivement sortir le pays de l’ornière ?

Je le sais, toutes les négociations ne se ressemblent pas. Il y a les positions particulières des uns et des autres, la psychologie des interlocuteurs, les contraintes qui pèsent sur eux. Il faut tenir compte de tous ces paramètres si nous voulons réussir ce dialogue. Ensuite, il faut écouter chacun, voir ce qui est possible à partir de cette crise assez dramatique. Il faut trouver un moyen de réunir les Congolais. L’idée pour moi c’est de faire appel aux anciens. Je suis convaincu que nous serons bien aidés par nos anciens pour relancer cette initiative du dialogue. Ils ont été tellement délaissés au profit des facilitateurs extérieurs ne métrisant aucunement nos réalités nationales, qu’ils apprécieraient qu’on leur donne un rôle à leur mesure à jouer dans ce processus de dialogue national. Je pense qu’ils sont capables de rassembler autour d’une même table des acteurs aux appartenances multiples.

Je propose dans mon plan pour sortir le pays de l’impasse une troisième voie d’action politique fondée sur un dialogue politique ultime et éclairé que j’appelle Synode. Cette troisième voie ou voie de la synthèse et de la réconciliation sera rendue possible par la mise en place d’un Conseil National des Anciens pour la facilitation et la coordination du dialogue et j’invite toutes les parties prenantes congolaises à lui apporter leur entière coopération, et la communauté internationale de lui apporter l’assistance nécessaire.

La mise en place de la Geronsia, ce Conseil National des Anciens, est une simple réponse au principe de réalité et d’utilité que je rappelle ici. En effet, si je loue l’action entreprise par les Nations unies, en la personne de Monsieur l’Ambassadeur Saïd Djinnit et celle entreprise par Monsieur Edem Kodjo dans leur tentative de faciliter le dialogue entre Congolais, c’est parce qu’il est un principe de la Charte de Nations unies qui veut que dans toute situation où paraît exister une menace contre la paix, une rupture de la paix, le Secrétaire général des Nations unies a l’obligation d’examiner immédiatement la question afin de faire les recommandations appropriées pour maintenir la paix ou la sécurité, et surtout dans un pays, le nôtre, qui n’est pas encore sorti de la crise des Grands lacs. C’est dans ce sens à mon avis qu’il faut en droit interpréter la médiation proposée par la communauté internationale. Il me semble que c’est une démarche préventive qui a été enclenchée : éviter qu’une crise politique nationale ne se transforme en guerre civile à grande échelle et ne déborde de son cadre national pour tourner en conflit régional, je veux dire international. Il est indispensable d’empêcher que l’impasse politique congolaise ne se transforme en conflagration et ne dérive en un conflit dans toute l’Afrique centrale. La nature de la médiation internationale était donc conditionnée par le but visé.

Mais, en dépit des bonnes intentions de l’UA, je crois pouvoir dire humblement que les Congolais n’ont normalement pas besoin d’une médiation ou d’une facilitation extérieure pour régler une crise politique aux dimensions strictement nationales. C’est à eux qu’il appartient de se rapprocher pour négocier un accord politique en bonne et due forme pour sortir de l’impasse. Je rappelle que la démocratie, la paix, la liberté, la justice ne se traitent pas par procuration : c’est aux Congolais de si possible régler cette crise. Ce qu’il leur faut est un cadre politique, psychologique réaliste qui permette aux parties d’échapper à leur face-à-face stérile - un carcan diplomatique interne qui les force à négocier utilement. C’est à ce niveau que le rôle du Conseil National des Anciens est déterminant pour la facilitation et la coordination du Synode national en République Démocratique du Congo. Et c’est pour parvenir à organiser ce dialogue que je propose la mise en place de ce Conseil National des Anciens, la Geronsia.

Ce Conseil sera constitué par des personnalités d’envergure nationale, de haute moralité ou de crédibilité incontestable, disposant d’une expérience certaine. Parmi ces personnalités d’envergure je vois le Cardinal Laurent Mosengwo, Monseigneur Bodho Marini, Etienne Tshisekedi, Léon Kengo, Singa Udju, Benza Tubi, Bieme, Mongulu Tapangane, Kilolo Musamba, Mario Philippe Losembe, Jonas Mukamba, Bagbeni Adeito Nzengeya, Raymond Omba pene djunga, Kiakwama, Mbatsi Mbatsi, Nyembo Shabani, Mukoko Samba, Nkema Lilo, Lunda Bululu, Mabi Mulumba, Vunduawe tepe mako, Boboliko Lokonga, Ernest Wamba dia Wamba, Jean de Dieu Oleko, Elikia M’Bokolo, Isidore Ndaywel è Nziem, Madame Nzuzi wa Mbombo, Léon Engulu, Kyungu Wa Kumwanza, Madame Nlandu Kavidi Nguz, Konde Vila Ki Kanda, Mpanu Mpanu Bibanda, Arthur Z’ahidi Ngoma, mais la liste n’est pas exhaustive. J’en appelle à la responsabilité de nos ainés, nos anciens. Ils doivent sortir de leur torpeur, pour qu’ils nous guident, qu’ils nous montrent la voie qui nous permet de sortir de l’impasse en nous facilitant le dialogue.

Ma démarche en l’espèce est supra-politique. Cette troisième voie réunissant tous les Congolais a pour raison d’être d’atténuer certaines attitudes contre productives d’un activisme quasi conservateur d’une partie non négligeable de la majorité politique et de l’actionnisme émotionnel d’une partie importante de l’opposition, afin de remobiliser le pays pour cheminer ensemble dans un dialogue réconciliateur pour sortir le pays de l’impasse. Ce dialogue doit répondre aux impératifs d’une politique nationale et unificatrice.

J’ai toujours pensé que quel que soit l’enjeu que représente l’alternance, il ne faut pas non plus plonger la République Démocratique du Congo dans le chaos. La démocratie demeure notre inspiration, nous ne le perdons jamais de vue mais il faut emprunter un sentier ardu et faire attention où l’on marche. Ce dont je suis certain, c’est qu’il y aura l’alternance. Mais prenons le temps nécessaire pour l’organiser afin qu’elle soit démocratique. C’est pourquoi j’appelle à la relance du dialogue national. L’enjeu est donc historique, tant l’exaspération, le désespoir et la colère peuvent pousser une majorité de Congolais vers le pire. Notre pays traverse une immense crise de confiance que les responsables politiques reçoivent de plein fouet.

La caractéristique de la société congolaise depuis une trentaine d’années est l’absence d’espoir alors que le but de la politique est justement d’en donner un. Depuis une trentaine d’année, tant de Congolais ont renoncé. Renoncé à croire que demain la vie au Congo peut être prometteuse. Renoncé à la promotion sociale pour leur famille. Renoncé à un avenir plus heureux pour leurs enfants. J’ai beaucoup réfléchi sur ces questions durant mon séjour à Kinshasa. Le plus terrible c’est l’exclusion sociale, le sentiment pour bon nombre de Congolais que, quoi que vous fassiez, où que vous soyez, vous n’arrivez pas à vous en sortir. Prenons garde ! Quand le désespoir devient mobilisateur tout peut arriver. La question sociale doit être au cœur du renouveau démocratique. Le progrès social est aujourd’hui un préalable à tout progrès démocratique, et je dirais, puisque la période est grave, à un sursaut national.

Je voudrais tant que la prochaine élection présidentielle que d’aucuns poussent les Congolais à organiser dans la précipitation inconsidérée, soit différente. La politique du « ôte-toi de là pour que je m’y mette », sans projet ni vision d’avenir pour le Congo, soutenue par certaines puissances occultes, ne répond pas aux intérêts supérieurs de notre pays. Que les Congolais se prononcent d’abord sur le projet au lieu de se prononcer sur un homme soit-il providentiel et/ou adoubé. Qu’ils votent pour un projet, mais surtout qu’ils votent pour le changement dans l’intérêt supérieur de la Nation et non pour « chasser un homme », qu’ils votent pour un autre lendemain où beaucoup serait possible grâce à l’effort, au travail, au mérite. La politique du renouveau démocratique n’a pour moi aucun sens si elle ne se fixe pas pour but de donner un espoir à des millions de Congolais. Le point le plus important pour moi, c’est qu’il faut autant que possible, lorsqu’on choisirait le Président, éliminer les éléments passionnels, irraisonnés, accidentels. Les Congolais doivent être capables de voter sur des idées, sur des projets, des programmes, sur de grandes orientations avant de se prononcer sur un homme. Et si la cohésion nationale se créait autour d’un projet mobilisateur sur la nouvelle société congolaise ? Je m’interroge. Un projet exaltant mais rassurant élaboré sur la base des orientations et conclusions du dialogue national ultime ?

En présentant à la Nation congolaise mon plan de relance de l’initiative du dialogue, j’attends susciter un débat de fond sur les objectifs et les moyens d’une action pour sortir de l’impasse, relancer et achever le processus électoral et démocratique en RDC. Il s’agit donc, pour moi, d’un document de réflexion et d’action destiné à l’ensemble des Congolais et surtout des décideurs politiques, et qui s’inscrit dans la perspective même du projet global démocratique congolais.

En présentant à la fois de nouvelles orientations générales notamment la mise en place de la « Geronsia », un Conseil National des Anciens pour la facilitation et la coordination du dialogue, et un plan concret comportant une série des réformes constitutionnelles et administratives significatives et prioritaires accompagnées d’une méthode de travail, je suis convaincu de contribuer, pour ma faible part, à la relance nécessaire du processus de démocratisation de notre pays, dans une démarche inclusive et réconciliatrice.

En poursuivant l’action que j’ai entreprise du 26 janvier au 7 février 2016 à Kinshasa, je suis en effet convaincu que cette relance est aujourd’hui une nécessité politique et un impératif pour la stabilité de notre pays, dans la double optique de sortir le pays de l’ornière et de l’achèvement du processus démocratique et électoral.

Mes Chers compatriotes, Peuple congolais souverain primaire et source exclusive du pouvoir, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre et tous les membres du Gouvernement, Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs de la République, Mesdames et Messieurs de l’Opposition et de la Majorité politique, Mesdames et Messieurs les Gouverneurs de provinces, à toutes les forces vives de la Nation congolaise, à vous tous, femmes et hommes de bonne foi, aux responsables des Confessions religieuses, à toute la jeunesse congolaise, à tous les Congolais de la diaspora, c’est dans l’unité que nous reconstruirons et bâtirons ensemble un Congo plus beau qu’avant au cœur de l’Afrique. Réconcilions-nous pour accomplir notre devoir.

Vive la République Démocratique du Congo.

Frédéric BOYENGA BOFALA