Frédéric Boyenga-Bofala
Comment sortir de l'impasse politique

2. La nécessité d'un recensement général de la population

Je pense qu’il est impérieux, pour reconstruire ensemble notre patrie sur des nouvelles bases, de rétablir entre tous les Congolais, au- delà de leur diversité, la Chaîne d’Union Nationale rompue par près de deux décennies de déchirure et par de regrettables exclusives. Notre mission sacrée se doit d’être de rassembler ce qui est épars dans la Chaîne d’Union Nationale : c’est-à-dire rassembler tous les Congolais éparpillés sur la terre, tout en respectant leurs différences et leurs spécificités, dans la liberté de conscience politique, religieuse et philosophique et une parfaite tolérance. Pour les rassembler il faut les identifier et pour les identifier il faut les recenser. Aussi je propose l’intégration de tous les Congolais dans le processus de refondation nationale par le biais du recensement général sanctionné par la délivrance d’une carte nationale d’identité.

En effet, au moment du référendum constitutionnel de 2005 et des élections de 2006, le recensement, en tant que « passage en revue » de la population, n’avait pas été réalisé. En effet, les autorités s’étaient à l’époque contentées d’un simple enrôlement des potentiels électeurs. Cette opération a fait l’objet d’un certain nombre de contestations, notamment de la part des Congolais de l’étranger, lesquels sont toujours sans aucune raison recevable déchus de leurs droits de citoyenneté.

Pour éviter un tel désordre, un recensement préalable et complet paraît on ne peut plus que salutaire afin de dénombrer la population exacte dans l’État congolais, sans perdre de vue les implications économiques et fiscales y afférentes. Mieux encore, dans le contexte spécial de la RDC, faire précéder les opérations électorales d’un recensement effectif aura pour principal avantage de procéder à l’identification précise des ressortissants congolais, où qu’ils résident, et des étrangers présents sur le territoire de la République. De la sorte, tout Congolais – de par le monde – pourra alors contribuer à « donner une véritable âme à notre État », en apportant sa pierre à l’édification de notre Nation et en participant à la gestion de notre Maison Commune.

Aussi je propose un recensement général par l’état civil couplant l’établissement de registres de la population informatisés et comportant des données biométriques.

Dans un pays énorme, avec des moyens de communication physique très limités, dont on ne connaît pas exactement le nombre d’habitants ni où ils se trouvent (on peut juste se baser sur un recensement qui remonte à plus de 20 ans alors qu’il y a eu d’énormes déplacements de populations à cause des conflits ethniques et des guerres qui ont affecté le pays et ses voisins), par quel miracle peut-on organiser des élections démocratiques crédibles à l’issue de la simple opération d’inscription et d’enrôlement des électeurs ? La République Démocratique du Congo doit à ce titre faire face à des sérieuses difficultés en termes de recensement de la population, exercice dont on ne mesure pas la réelle difficulté, mais dont la dangerosité se décline au regard des populations à statut non clarifié pour nationalité indéterminée, alors même qu’elles résident sur le territoire congolais.

Aussi pour garantir un succès incontestable au processus électoral et donc la paix civile en République Démocratique du Congo, j’estime impérieux de procéder à un recensement général des populations congolaises et étrangères résidant sur le territoire national, et invite toute la classe politique congolaise à agir en ce sens. Techniquement, on peut le faire. Ce n’est qu’une question de noble volonté politique. Cela ne pose pas de gros problèmes pour ce qui est du recensement des Congolais à l’étranger. Il faut inviter tous les Congolais qui le souhaitent à s’identifier auprès des ambassades. Mais dans un pays comme le Congo, un tel recensement ne peut se faire dans des délais raisonnables qu’à condition de déployer de moyens modernes pour le mettre en œuvre. Vu en effet l’état des routes, des moyens de transports et du niveau de pauvreté, et compte tenu de la défaillance de l’administration, il est déraisonnable de demander aux Congolais de parcourir de longues distances parfois pour rejoindre un centre administratif. C’est une perte de temps et il n’est pas garanti que tout le monde se déplacera à commencer par les enfants, vieillards, femmes enceintes, personnes handicapées, malades... C’est à l’Etat à déployer les moyens les plus modernes pour aller vers les Congolais.

Il faut agir de manière rationnelle pour gagner du temps et fiabiliser au maximum les résultats du recensement. Cela implique de mettre au point un protocole d’action efficace, notamment :

- Préparer des équipes de fonctionnaires et techniciens mobiles dotées d’un matériel de recensement adéquat mobile et en connexion satellite directe avec les centres opérationnels régionaux de compilation des données ;

- Cibler dans chaque province les zones territoriales précises qui seront couvertes progressivement par les équipes selon un agenda de planification ;

- Précéder chaque opération de recensement d’une campagne d’information pour prévenir les habitants des localités de l’arriver des équipes techniques afin que tout le monde soit présent et que le recensement soit optimal.

Tout est donc une question des moyens matériels et financiers mis à disposition. Ainsi, les déplacements doivent pouvoir être envisagées par hélicoptère si nécessaire pour les zones les plus reculées et inaccessibles. L’idéal serait même de coupler l’opération de recensement avec une opération de mise à jour de la cartographie précise du pays.

Evidemment nous sommes conscients que des difficultés se poseront dans l’identification à proprement parler. N’oublions pas qu’en République Démocratique du Congo, après tant d’années de désordre, nous ne savons plus qui est qui parfois. Il faudra donc travailler par après à un travail d’analyse et de vérification des données à l’aide d’outil technique ad hoc.

Le recensement des électeurs est donc essentiel pour que les scrutins soient libres et équitables puisqu’il permet, d’une part, la détermination du nombre de sièges par circonscription et, de l’autre, l’identification individuelle des personnes ayant le droit de participer aux scrutins. C’est une des opérations pré-électorales les plus onéreuses et les plus fastidieuses, mais déterminante pour une issue favorable au processus d’émancipation démocratique d’une République Démocratique du Congo qui n’est, aujourd’hui, que l’ombre d’elle même en matière d’état civil.

Alors que l’état civil au pays est largement sinistré, il ressort de mon analyse que trois options existent à ce stade :

- soit un recensement strictement électoral, qui prendrait environ 6 mois et ne prendrait en compte que les citoyens en âge de voter ;

- soit un recensement administratif, qui prendrait sans doute entre 9 et 12 mois, et qui permettrait de localiser et d’enregistrer toute la population se trouvant sur le territoire de la République pour en dresser une liste générale dont on pourra extraire la liste des électeurs ;

- soit un recensement par l’état civil couplant l’établissement de registres de la population informatisés et comportant de données biométriques, permettant de localiser et d’enregistrer toute la population congolaise se trouvant sur le territoire de la République et à l’étranger pour en dresser une liste générale dont on pourra extraire la liste des électeurs avec la mise en place d’une carte d’identité sécurisée. Il s’ait de l’option la plus intéressante, mais aussi la plus onéreuse. Elle prendrait sans doute un peu plus de six mois.

Aussi j’estime nécessaire une année pour organiser un recensement crédible à l’intérieur du pays, sanctionné par la délivrance d’une carte nationale d’identité sécurisée, informatisée et comportant des données bio métriques, et pour tous les Congolais résidant à l’étranger sanctionné cette fois par une carte consulaire en plus de la carte nationale d’identité.

Dans ces conditions, on conviendra certainement qu’une élection quelque peu différée vaut mieux qu’une élection tenue dans le temps imparti, mais qui entraîne, comme en 1960, le pays dans le chaos. Ne vaut-il pas mieux pourtant accepter ce sacrifice modeste pour éviter un sacrifice plus grand encore !